
| Ils jouent, d'un pied sur l'autre, case à case, de la terre jusqu'au ciel, leurs rires clament à la vie. Ivres de toutes les vies possibles. Un instant avant la bourrasque, Rachid K. les rencontre dans leur ville, dans leurs rues. Avec eux il se penche sur leurs sols, à Alger et à Pékin. |
Il travaille, ils travaillent et façonnent. Ils inventent, les enfants, le monde, tous les enfants de tous les mondes. |
Encore un instant avant, un éclat de rire. Il monte de la terre vers le ciel. le ciel est là, la terre est déjà loin. Dans les rues, sur les places les enfants crient. Ils hurlent au bonheur, à la joie. |
| Comme ils sont doux ces petits poissons de chair. Comme ils sont clairs, presque transparents, vifs sous l'écaille étincellante. Ils glissent, rapides comme une lame, |
| ils jouent à inventer la liberté; personne ne vous a appris, mais vous êtes si habiles. Fébriles enfants de l'amour, je ne vous connais pas; mais j'ai vu vos larmes devant les chars. |
| Au bord du coeur, si proche, je vous porte en moi. Mais croirez vous un jour, si loin, que mes larmes sont sincères. Dans son atelier, Rachid K. parle à la vie, pleure à la mort. Ne vient à ses lèvres que le cri muet du poisson. |
| Alors des marelles naissent pour que vivent les jeux des enfants. Alors des petits poissons voyageurs pour dire que toujours ils sont vivants, |
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Bernard Rousseaux |