Nous sommes vraiment des animaux de surface au sol depuis l'enfance, depuis le fond des âges, nous redressant pour marcher, tituber, nous allonger à nouveau et rêver à notre condition cosmique, puis repartant. Bien sûr, nous nous en éloignons souvent à présent, mais ce n'est que la liberté prise avec la nature de revenir sur le plancher des vaches et finir par y disparaître.

Le sol est la scène de l'univers, le soleil s'y pose, les saisons s'y arrêtent; sur lui la pluie ruisselle puis s'infiltre vers les sources. Il sert de base à tous les édifices qui reproduisent son horizontalité première.

Le sol dépassent toujours le regard de son immensité, lorsqu'on s'achemine à sa surface. La perception de son étendue fait naître le sentiment de "l'immaîtrisable", du sacré. Seule la mémoire des cartes, orientées par la rose des vents que les points cardinaux écartèlent, permet de savoir où l'on se trouve.

Rien d'étonnant que les hommes primitifs, qui ne les lisaient pas, se soient crus, à chaque fois au centre du monde commun.

Alors pour se repérer, il leur a fallu tracer, baliser, délimiter un territoire qu'ils ont peuplé de dieux protecteurs.

 

Jean-Marie GIBBAL

Extrait du catalogue Sols
Paris, Centre national des Arts plastiques, 1984

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